Et si la qualité de notre leadership commençait bien avant nos paroles, nos décisions ou notre façon d’agir?Elle commençait peut-être dans un espace beaucoup plus subtil : la qualité de notre mental.
En Ayurveda, le mental manas n’est pas considéré comme un simple outil de réflexion. Il influence notre perception, notre capacité à discerner, notre façon d’interpréter ce qui nous arrive et, ultimement, la manière dont nous entrons en relation avec le monde.
Dans cette perspective, prendre soin de son mental devient aussi une forme de leadership.
Car nous ne dirigeons jamais uniquement à partir de ce que nous savons.
Nous dirigeons à partir de l’état intérieur dans lequel nous nous trouvons.
Trois qualités du mental
L’Ayurveda décrit trois grandes qualités, ou gunas, qui peuvent influencer notre état mental : sattva, rajas et tamas.
Ces qualités ne sont pas des étiquettes qui définissent une personne. Elles sont plutôt des états dynamiques, qui peuvent évoluer selon notre environnement, notre alimentation, notre sommeil, notre rythme de vie, nos pensées et notre façon de vivre.
Sattva : la clarté
Sattva représente la clarté, l’équilibre, la présence, la paix et la capacité à voir les choses avec discernement.
Lorsque le mental est sattvique, nous avons davantage accès à une forme de recul intérieur. Nous pouvons observer une situation avant de réagir. Nous sommes capables d’écouter véritablement, de reconnaître ce qui est essentiel et de prendre une décision sans être entièrement emportées par nos émotions ou nos impulsions.
Dans le leadership conscient, cela peut se traduire par une question simple :
Est-ce que je prends cette décision à partir de la clarté… ou à partir de la réaction?
Le leadership conscient ne signifie pas être calme en permanence.
Il signifie apprendre à revenir suffisamment à soi pour pouvoir choisir sa réponse.
Rajas : l’action et l’agitation
Rajas est associé au mouvement, à l’activité, au désir, à l’ambition et à l’énergie d’action.
Rajas n’est pas « mauvais ». Nous avons besoin de cette énergie pour entreprendre, créer, avancer, prendre des initiatives et donner vie à nos projets.
Mais lorsque rajas devient dominant, le mouvement peut se transformer en agitation.
On fait plus.
On pense plus.
On cherche à contrôler davantage.
On répond rapidement.
On remplit chaque espace de silence.
Et parfois, sans même nous en rendre compte, nous confondons activité et efficacité.
Dans un contexte professionnel, un mental très rajassique peut donner l’impression qu’il faut toujours faire quelque chose : répondre immédiatement, résoudre, décider, produire, anticiper.
Le leadership conscient nous invite alors à introduire une autre possibilité :
Puis-je agir sans être dans la précipitation?
Il ne s’agit pas de diminuer notre ambition, mais de créer suffisamment d’espace intérieur pour que notre action soit intentionnelle plutôt que réflexe.
Tamas : l’inertie
Tamas représente l’inertie, la lourdeur, l’obscurité ou la résistance au mouvement.
Là encore, tamas n’est pas nécessairement négatif. Nous avons besoin de repos, de sommeil, de ralentissement et d’intégration.
Le problème apparaît lorsque l’inertie devient persistante.
On repousse une décision.
On évite une conversation nécessaire.
On reste dans une situation devenue inconfortable simplement parce que le changement demande trop d’énergie.
Dans le leadership, tamas peut parfois se manifester non pas par un manque de volonté, mais par une difficulté à mettre l’énergie en mouvement.
Le leadership conscient nous demande alors de reconnaître avec honnêteté :
Qu’est-ce que je sais déjà… mais que je n’ose pas encore mettre en mouvement?
Le leadership commence par l’observation
Ce qui me fascine dans cette approche, c’est qu’elle ne nous demande pas de devenir constamment sattviques.
Nous sommes humaines.
Certains matins, notre mental est clair.
D’autres jours, il est agité.
Et parfois, nous avons simplement besoin de nous arrêter.
La conscience commence lorsque nous pouvons observer notre état sans immédiatement nous identifier à lui.
Je suis agitée, mais je ne suis pas mon agitation.
Je suis fatiguée, mais je ne suis pas ma fatigue.
Je ressens de la résistance, mais je peux observer cette résistance.
Cette capacité à observer crée un espace entre ce que nous vivons et la façon dont nous choisissons d’y répondre.
Et cet espace est précieux.
C’est souvent là que commence le leadership conscient.
Cultiver la qualité du mental
L’Ayurveda ne s’intéresse pas uniquement à ce que nous pensons, mais aussi à ce qui nourrit notre état intérieur.
Notre sommeil.
Notre alimentation.
Notre respiration.
Notre environnement.
Notre rythme de vie.
Les informations auxquelles nous nous exposons.
Les personnes avec lesquelles nous passons du temps.
La façon dont nous commençons et terminons nos journées.
Tout cela influence la qualité de notre expérience intérieure.
Nous pouvons donc nous demander :
Qu’est-ce qui nourrit actuellement mon mental?
Est-ce que mon quotidien laisse suffisamment de place au silence?
Est-ce que je commence mes journées dans la présence ou déjà dans la réaction?
Est-ce que je nourris constamment mon esprit d’informations, de notifications et de sollicitations?
Est-ce que mon corps reçoit suffisamment de repos pour que mon mental puisse retrouver sa clarté?
Parce qu’avant de chercher à mieux gérer notre équipe, notre entreprise, notre famille ou nos responsabilités, il peut être intéressant d’observer l’espace intérieur à partir duquel nous les gérons.
De la réaction à la réponse
Peut-être que le leadership conscient ne consiste pas à toujours avoir la bonne réponse.
Peut-être consiste-t-il davantage à développer la qualité intérieure qui nous permet de voir avant de répondre.
Observer.
Respirer.
Discerner.
Puis agir.
C’est une forme de puissance beaucoup plus subtile que le contrôle.
Une puissance qui ne vient pas de la volonté de tout maîtriser, mais de la capacité à demeurer suffisamment présente pour écouter ce qui est juste, ici et maintenant.
Dans la tradition ayurvédique, cultiver sattva devient ainsi une pratique quotidienne : rechercher davantage de clarté, de discernement, de paix et de présence.
Et dans le leadership conscient, cette même intention peut devenir un véritable chemin d’incarnation.
Car la qualité de notre présence influence la qualité de nos décisions.
Et la qualité de nos décisions influence, à son tour, l’espace que nous créons autour de nous.
Une invitation à l’introspection
Aujourd’hui, avant une décision importante ou une conversation qui demande de la présence, prenez quelques instants pour vous observer.
Dans quelle qualité mentale suis-je actuellement?
Suis-je dans la clarté de sattva?
Dans l’agitation de rajas?
Dans l’inertie de tamas?
Et surtout :
De quoi ai-je besoin pour revenir vers davantage de présence et de discernement?
Il n’est pas nécessaire de changer immédiatement quoi que ce soit.
Commencer par observer est déjà une forme de conscience.
Et parfois, le leadership le plus puissant commence simplement par quelques respirations… avant de répondre.
